Association Républicaine Poulain-Corbion

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En défense de Poulain-Corbion et de la République 7/04/2012

                                  

                         En défense

de  Poulain-Corbion et de la République

             Rétablir la vérité des faits


Dans une interview  au quotidien Le Télégramme du 31 mars 2012 et dans un texte diffusé sur son blog internet, Jean Kergrist  instruit un procès à charge contre Poulain-Corbion , ancien maire de Saint-Brieuc et député sous la Révolution, sur la base d’un dossier  dont l’objet essentiel est de s’opposer au projet de reconstruction du monument érigé en 1889 devant l’Hôtel de Ville et démoli  pendant l’Occupation.

L’Association Républicaine Poulain-Corbion se voit ainsi dans l’obligation de rétablir la vérité des faits.

 

Poulain-Corbion maire  puis député de Saint-Brieuc

 

Jean Kergrist laisse entendre que Poulain-Corbion a usurpé sa réputation de démocrate, pour la raison qu’il était jusqu’en 1789 un maire de St-Brieuc, non élu, mais « désigné par le roi », alors que c’était la règle pour tous les maires, et que c’est précisément la Révolution qui a institué les élections comme mode de désignation aux fonctions publiques.

 

Les familles de Jean-François Poulain de Corbion, comme de Palasne de Champeaux, autre député de St-Brieuc , appartenaient  à l’ordre du Tiers état. C’est donc en conformité avec les règles en vigueur, que Poulain de Corbion fut désigné par l’assemblée du Tiers de Saint-Brieuc pour représenter la ville, avec Palasne de Champeaux, aux Etats généraux. Sans doute faudrait-il rappeler ici que nombre de révolutionnaires et non des moindres portaient la particule : de Condorcet , de Mirabeau ….

 

Jean Kergrist aurait pu signaler, que par fidélité à son mandat, Poulain-Corbion vota l’abolition des privilèges et des droits seigneuriaux qui maintenaient depuis des siècles le peuple dans la soumission. La population briochine était d’ailleurs en phase avec ses représentants et c’est ainsi que la prise de la Bastille à Paris  fut suivie avec enthousiasme à St-Brieuc : elle entraîna  la destruction du gibet installé sur la Place du Pilori, actuelle Place du Général de Gaulle.

 

Poulain-Corbion, ovationné à son retour de mandat

 

 On sait que l’Assemblée Constituante se dissout en septembre 1791.

 La réélection de Poulain-Corbion comme maire  n’eut  pas lieu car il  déclina  la proposition  qui lui était pourtant faite de reprendre le siège de premier magistrat de la commune, qu’il avait laissé pendant sa députation.

 

Au retour de Paris, Palasne de Champeaux et Poulain-Corbion eurent droit à une réception en leur honneur. N’avaient-ils pas en quelques mois contribué à jeter les bases de la France moderne : abolition de la féodalité, Droits de l’homme, unification des poids et mesures condition du décollage économique, parachèvement de la Nation, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes…. ?

 

 M. Besné, au nom des élus du conseil municipal, prononça notamment un éloge appuyé à Poulain-Corbion  : « au citoyen généreux, l’ami sûr, l’homme vrai…enfin, l’un des fondateurs du dogme impérissable de la liberté publique et de la liberté individuelle de la nation française » ( Histoire de la Ville de Saint-Brieuc. Jules Lamare 1884).

 

 Pourquoi passer sous silence cet hommage de reconnaissance au député qui avait ainsi  rempli son mandat ?

 

 Les biens nationaux pour le budget du pays

 

Jean Kergrist stigmatise  la vente des biens nationaux provenant de la confiscation par l’Etat des biens de l’Eglise et d’une partie de la Noblesse sans se poser préalablement la question de l’origine de la propriété foncière d’une aristocratie qui vivait depuis des siècles dans l’opulence et l’oisiveté.

Les véritables raisons de cette opération  de confiscation et de vente par l’Etat étaient de pourvoir au budget du pays. Ce fut d’ailleurs la cause essentielle de la convocation par Louis XVI des Etats généraux à Versailles, début mai 1789, et le véritable point de départ de la Révolution.

Le pays en effet était  endetté et ruiné et il  allait maintenant devoir  combattre à la fois  l’Europe des féodalités coalisées contre la démocratie en marche, et  les soulèvements intérieurs entretenus par les nostalgiques de l’Ancien régime et de la monarchie absolue.

 

Kergrist ironise sur la décision de la Convention élue faut-il le rappeler, au suffrage universel, de « liquider les biens dits nationaux » comme il l’écrit, ramenant ainsi leur vente, pourtant légale, à une minable opération de rapine.

 

Un vaste transfert de propriété

 La Révolution a ainsi opéré un vaste transfert de propriété des classes aristocratiques privilégiées et exemptes d’impôts (Noblesse et Haut clergé ; le Bas clergé réduit à la « portion congrue » se retrouvant dans le Tiers état) vers la bourgeoisie et  vers la paysannerie.

Christian Demouveaux,  a  analysé  la vente des biens nationaux dans le département des Côtes-du-Nord,  en particulier dans les pages 235 à 238 de l’ouvrage collectif  « Les Côtes-du-Nord de la Préhistoire à nos jours » sous la direction de Georges Minois. Préface de Charles Josselin.

On sait, depuis toujours, que les principaux bénéficiaires des ventes ont été les bourgeois (marchands, négociants, propriétaires, hommes de loi comme ici Poulain-Corbion), qui constituaient une classe sociale particulièrement dynamique, fer de lance de la Révolution commençante. Ces « Bourgeois conquérants » étudiés par l’historien Charles Morazé  avaient   des disponibilités monétaires bien plus élevées que les fermiers ou cultivateurs.

 

La portée sociale de la vente des biens nationaux

 

 Christian Demouveaux, chiffres à l’appui, note que les acquisitions paysannes sont cependant loin d’être négligeables dans notre région, et il cite opportunément l’historien Albert Soboul :


« La Révolution a affranchi le paysan et libéré la terre ; elle a de plus, par la vente des biens nationaux, sapé la grande propriété aristocratique et élargi les assises foncières de la paysannerie. La vente des biens nationaux, dans la mesure où elle a multiplié les paysans propriétaires, a conféré à l’abolition de la féodalité, une partie de sa portée sociale ». (Problèmes paysans de la Révolution) 

 

Cette évolution a certainement  conforté Poulain-Corbion , lui qui dès avant la Révolution, en disciple des Lumières, s’était ému du sort des paysans, notamment dans une étude qu’il rédigea, symboliquement intitulée « La poule au pot »,  où il plaidait pour la prise en compte des intérêts des paysans et pour  que soit allégée la charge insupportable des droits féodaux qui écrasaient cette classe sociale « taillable et corvéable à merci ».

 

Qui veut noyer son chien…

 Kergrist charge Poulain-Corbion au-delà de toute mesure : il l’accuse  d’avoir usé de sa fonction de juge au tribunal de commerce pour acquérir frauduleusement des biens nationaux :« il va mettre à profit cette charge pour acquérir à son propre compte de nombreux biens confisqués à la noblesse ».

 

 Et il mène jusqu’au bout son implacable réquisitoire : « Pour parler clair, ce « héros de la République » serait aujourd’hui mis en examen pour prise illégale d’intérêt ».

 

 Il oublie de mentionner qu’il n’accepta cette fonction au tribunal de commerce que sur insistance de son entourage. et qu’il y fut élu avec MM Chaplain, Vésury, Sébert et Villeberno. Kergrist  ne pouvant toutefois pas taire que ces ventes étaient publiques, et se faisaient par enchères, par définition ouvertes à tous.

 

« Kergrist déboulonne le héros » (Le Télégramme)

 

Quelle mouche a donc piqué le « clown atomique », -- comme il se définit lui-même – pour jouer ainsi les justiciers ?

Plus de deux siècles après les événement,  il ne risque plus grand-chose (l’accusé, profession : avocat, n’étant plus là pour se défendre), à lancer des accusations aussi désobligeantes, contre l’ancien maire et député de Saint-Brieuc. Sans parler de l’opprobre éclaboussant sa descendance actuelle ainsi que l’ensemble des citoyens briochins et leurs représentants élus, toutes tendances confondues.

 

Mais on aura  compris : l’objet essentiel de Jean Kergrist est de s’opposer au projet actuel de reconstruction du monument Poulain-Corbion, et de démolir sa symbolique républicaine.

 

Reconstruire le monument emblématique de la République

 

Aujourd’hui, à un moment où la grande masse de la société, dans notre pays et au-delà,  aspire à la reconnaissance des droits de l’Homme, de liberté, d’égalité et de fraternité, Poulain-Corbion reste dans la mémoire collective une personnalité éminente et exemplaire  dont  les historiens  ont souligné l’engagement au service de ses concitoyens et de la République qu’il a incarnée, jusque dans la mort, sous les coups des Chouans en 1799. Poulain-Corbion était alors  Procureur de la commune,  Commissaire du gouvernement républicain (le Directoire) auprès de la Municipalité, dans une fonction assimilable à celle de Préfet.

 

En 1889, à l’occasion du centenaire de la Grande Révolution, sous le ciseau du sculpteur briochin Pierre Ogé, Poulain-Corbion fut choisi pour symboliser  la reconnaissance  de la population briochine, dans un  monument érigé devant l’Hôtel de Ville par la municipalité de Charles Pradal et Charles Baratoux avec le soutien de toutes les forces vives locales et régionales.

 

En 1942, les forces conjointes des armées du IIIème Reich et du régime de Vichy, jetèrent à bas ce monument emblématique de notre héritage révolutionnaire et républicain, qu’il  importe donc aujourd’hui, dans le respect de la diversité des composantes de notre société, de reconstruire.

 

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                     Les Archives

     Départementales et Municipales,

gardiennes de la mémoire collective

 

 « Poulain de Corbion (Jean-François, Pierre) naquit à Quintin en 1743. Notable respecté à Saint-Brieuc, il fut maire de cette ville de 1779 à 1789, puis député aux Etats généraux et à la Constituante.

Ce fut un gestionnaire consciencieux et sous son administration la cité se transforma quelque peu. Il fonda une chambre littéraire qui comprenait essentiellement les membres de la bourgeoisie ; parmi les plus en vue : le sénéchal royal Palasne de Champeaux.

Esprit ouvert, Poulain de Corbion inspira les instructions à donner aux représentants aux états de Bretagne en 1788. Homme public, il cumule les charges : maire, député aux états de Bretagne, commissaire des états pour l’évêché de Saint-Brieuc, commandant de la milice bourgeoise, premier colonel du corps des volontaires nationaux ; on le dit « plus prodigue d’action que de paroles ».

Si la prise de la Bastille, la nuit du 4 août et la déclaration des droits de l’homme soulèvent son enthousiasme, la fusillade du Champ-de-Mars et les excès parisiens entraînent la désillusion. Malgré les sollicitations, il interrompt volontairement sa carrière.

L’insistance officielle le conduit pourtant à la présidence du tribunal de commerce et, en 1795, il est nommé procureur de la commune.

Il mourut dans la nuit du 4 au 5 brumaire an VIII, assassiné par une bande de chouans qui s’était introduite au cœur de Saint-Brieuc. (Arch.dép.  in  Les Côtes-du-Nord de la Préhistoire à nos jours  Ed Bordessoules. p. 235 ».

                                                                          

 « l’Héritage de Poulain-Corbion » a fait l’objet en 2007 d’une exposition préparée par les Archives Municipales. Elle s’est tenue dans le Jardin d’Hiver.

 

 En 2009, l’exposition « Le monument Poulain-Corbion 1889-1942 »  a été  préparée par l’Association Républicaine Poulain-Corbion sur la base de documents conservés notamment ( Affiche de l’inauguration de 1889, photos prise dans le camion de l’enlèvement en 1942,…) aux Archives Municipales

 

En 2011, une conférence a été prononcée,  par l’historienne d’art Anne-Sophie Aguilar, sur « Armand Dayot, une vie au service des arts et de la République en Bretagne ». Armand Dayot de Paimpol qui l’honore d’une statue,  Inspecteur des Beaux-Arts et animateur des Bleus de Bretagne, fut à l’initiative de nombreux monuments républicains dont celui de Saint-Brieuc.

 

 

                        Conférence publique


                Vendredi 1er juin 2012 à 18 heures

 

                   Hôtel de Ville de Saint-Brieuc

                     (Salle du Conseil Municipal, entrée Place Poulain-Corbion)

                  

                       « Pierre Ogé statuaire briochin »

                                                    avec

                                       Agathe Cabau

                               Historienne d’art  Paris-Sorbonne

 



12/04/2012

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