Association Républicaine Poulain-Corbion

Association Républicaine Poulain-Corbion

Le rassemblement-anniversaire du 25 octobre 2014

Le rassemblement-anniversaire de la mort de Poulain-Corbion

 

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Commémoration. Il y a 215 ans mourait Poulain-Corbion

 

Samedi matin, à l'appel de l'Association républicaine Poulain-Corbion, relayée par l'Association républicaine des anciens combattants et la Ligue des droits de l'homme, une cinquantaine de personnes a commémoré le 215e anniversaire de la mort de l'ancien maire de Saint-Brieuc (1779-1789), élu député aux États généraux de 1789, tué par des Chouans dans la nuit du 4 au 5 brumaire de l'an VIII (25 au 26 octobre 1779). Après rappel de quelques éléments biographiques par Édouard Le Moigne, président de l'ARPC, deux jeunes membres de l'association, Quentin Renault et Kevin Magi, ont lu des textes historiques au pied de la plaque rendant hommage à Poulain-Corbion.

                                                                  

Photo Le Télégramme.jpg

                                        Texte et photo Le Télégramme 27-10-2014

 

Edouard Le Moigne a excusé l'absence de Bruno Joncour, Maire et Président de St-Brieuc-Agglomération, ainsi qu'un certain nombre d'élus du Conseil Municipal et du Conseil Général, et remercié les représentants du Conseil Municipal présents -- 2 Maires-Adjoints  (Alain Ecobichon et Sylvie Grondin) et les 3 conseillers municipaux ( Vincent Jégou, Nicolas NGuyen et Hugo Gouysse).

Il a également souligné la présence de la présidente , Annick Audoux, de la Ligue des Droits de l'Homme, et celle de Claude Bouveret Président de l'Association Républicaine des Anciens Combattants.

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La carrière politique de Jean-François-Pierre Poulain de Corbion, a été évoquée à grands traits. Natif de Quintin en 1743, il est  Maire de Saint-Brieuc pendant 10 ans de 1779 à 1789, est élu député du Tiers état en 1789 jusqu'à la fin de l'Assemblée Constituante en septembre 1791. Chaleureusement accueilli à son retour il décline la charge de maire, et ne reprend une fonction politique que sous le Directoire, période où il va être désigné Commissaire du gouvernement près de la municipalité. Cette dans cette fonction qu'il est assassiné par les Chouans qui on investi la ville dans la nuit du 25 au 26 octobre 1799 (4 au 5 brumaire an VIII).

Trois documents ont été choisis pour illustrer la vie et les engagements de Poulain-Corbion.

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Quentin Renault d'abord fait  la lecture d'un extrait du  cahier de doléances de l'assemblée du Tiers état de Saint-Brieuc (novembre 1788) qui constitue en quelque sorte le mandat de ceux qui vont être élus pour la représenter à Versailles.

DELIBERATION et Arrêté de la Ville et Communauté de S. Brieuc

Concernant Les Charges à ses Députés aux Etats de la Province

Du Lundi 14 novembre 1788

Extrait des Registres du Greffe de l’Hôtel de ville de S. Brieuc

 

Assemblée des Nobles Bourgeois et Habitants de la Ville et Communauté de S. Brieuc, tenue en leur Maison commune, après les sons de cloche, en manière accoutumée, par la direction de N. Me GUILLAUME-PIERRE DUBOIS de BOSJOUAN, Procureur-du-Roi-Syndic, où présidait N. JEAN-FRANCOIS-PIERRE POULAIN DE CORBION, Maire électif, et assistaient MM. LE SAGE , BAGOT , LE MEE, LEUDUGER FORMOREL, Père, BOUREL DE LA VILLAUDORE, PRUD’HOMME, DAMAR DE LA VILLECADO, LIMON DE LA BELLEISSUE, DAMAR DE VILLENEUVE, ALAIN DE PREMOISAN, DAMAR DE S. RIVILLY, RUELLAN DE BOTLAND, DUVAL DE LA VILLEBOGARD, JOUANNIN DE FOLLEVILLE, DUBOIS DE LA VILLERABEL, HALLIGON, BEUSCHER, DE FORMOREL, Fils, DUBOIS DE S. SEVERIN, LE GAL l’Aîné, et HUET DE BRANCOLO.

 

A l’Assemblée du 17 Novembre 1788, Monsieur le Procureur-du-Roi est entré et a dit :

 

MESSIEURS,

Monsieur de Corbion, Maire, lui ayant remis différents arrêtés et délibérations prises par les Communautés de Vitré, Rennes, Nantes et MM. Du Consulat de S. Malo, qu’il a reçues par les dernières postes, et dont les copies sont sur le bureau, délibérations qui sont relatives à la prochaine tenue des Etats Généraux, il a vu avec plaisir que ces différents Corps s’occupent des moyens de procurer à l’Ordre du Tiers toute l’influence dont il a droit de jouir dans les assemblées nationales. Ces mesures dictées par l’amour de l’ordre et de l’équité, sont conformes aux vues bienfaisantes du Monarque qui nous gouverne, et qui s’occupe sans cesse du bonheur de ses Peuples. Sa Majesté veut bien accueillir les mémoires que les différents Corps du Royaume pourront lui adresser relativement aux Etats Généraux. L’amour de la Patrie et du Roi qui en est le Père, la noblesse, la générosité naturelles aux Français, les éclaireront sur les vrais intérêts de l’état et leur inspireront les moyens de conserver la splendeur du Royaume.

Vous êtes citoyens, Messieurs ; vous connaissez tout ce que vous devez à la Patrie et au Peuple dont vous êtes les représentants. Voici le moment de lui rendre la dignité première, de lui faire jouir des droits que des temps d’ignorance et d’erreur lui ont ravis ; droits précieux dont l’usurpation ne peut devenir légitime et qu’un être né libre n’a pas le pouvoir d’aliéner.

En conséquence je crois devoir vous rémontrer, Messieurs, qu’il paraît très convenable de vous occuper aujourd’hui de tous les motifs qui doivent entrer dans une délibération sage et détaillée, propre à être mise sous les yeux du Monarque pendant la présente assemblée des Notables. Dans cette délibération que le seul amour du bien public, et non l’intérêt particulier, dictera, serait-il avantageux de demander :

1°. Que le nombre des Députés de l’Ordre du Tiers dans la prochaine assemblée nationale des Etats Généraux, soit égal à celui des deux autres réunis.

2°. Que les Députés soient propriétaires, âgés au moins de 30 ans, Roturiers et indépendants des deux autres Ordres ; en conséquence que l’exclusion soit donnée à tous ceux qui possèderont des charges de finances, aux Nobles, aux Anoblis, aux Subdélégués, aux Juges, Procureurs-Fiscaux, et autres tenant des offices des Seigneurs Ecclésiastiques ou Laïques, à leurs Régisseurs, Receveurs ou Fermiers.

3°. Que les élections des Députés soient absolument soumises aux mêmes exceptions.

4°. Que les voix soient prises par têtes, et non par Ordres.

5°. Que dans les Députés du Tiers il se trouve un certain nombre de Négociants et d’Officiers Municipaux, qui seuls peuvent éclairer l’Assemblée sur les vrais intérêts des Villes et du Commerce.

6°. Que la moitié de l’Ordre de l’Eglise soit composée de Recteurs ou curés des campagnes et des villes, lesquels seront nés roturiers, et en exercice depuis dix ans. Qui en effet connaît mieux les besoins du peuple qu’un Recteur ?Il partage souvent la misère ; il console et soulage habituellement les infortunés.

7°. Que la corvée en nature pour la confection des grands chemins soit convertie dans une contribution pécuniaire, supportable par les possessions des trois Ordres.

8°. Que des deux charges de Procureur-syndic, l’une soit invariablement attachée à l’Ordre du Tiers.

9°. Que la charge de Greffier des Etats soit occupée alternativement par un Noble et un Roturier.

10°. Que les Commissions, soit celles établies pendant la tenue des Etats, soit les Intermédiaires, soient composées d’un nombre de membres du Tiers égal à celui des deux autres Ordres réunis ; et que les voix se comptent par têtes et non par Ordres.

11°. Que les Ordres de la Noblesse et du Tiers paient la capitation dans une proportion égale, et qu’il n’y ait qu’un seul et même rôle.

12°. Que les fouages soient répartis également sur les possessions de l’Ordre de la Noblesse et celui du Tiers.

13°. Que les impositions pécuniaires destinées au casernement et milice, soient supportées par les trois Ordres.

Enfin serait-il à propos de demander encore qu’il fût enjoint à vos Députés de n’entrer aux Etats qu’après que les deux autres Ordres auraient accepté vos arrêtés ?

 

Les membres d’une même cité, réunis pour jouir d’un bonheur commun, doivent contribuer également aux dépenses nécessaires pour l’assurer. La répartition doit avoir pour base la quotité des biens de chaque individu. Les distinctions qui foirment les Ordres divers de la société, qui en maintiennent l’harmonie, n’ont aucune influence sur cette opération purement arithmétique : c’est la vénération du peuple qui est leur véritable apanage. Aussi il n’y avait que la couronne civique et celle des triomphes qui fussent d’herbes et de feuilles, toutes les autres n’étaient que d’or. L’Ordre de l’Eglise, respectable par la piété, son érudition, celui de la Noblesse, distingué par sa générosité, la grandeur d’âme, nullement esclaves de l’intérêt, ne pourront qu’approuver les justes réclamations de l’Ordre du Tiers. Le dernier respecte les deux autres, et il a des droits à leur estime.

 

Tels sont, Messieurs, les objets que nous avons cru devoir mettre sous vos yeux, dans un moment où les autres Communautés de la Province s’en occupent avec tant de zèle. Nous avons le même intérêt, le même amour pour la chose publique, l’uniformité parfaite fera la force de vos arrêtés.

A ces causes ledit Procureur-du-Roi a requis qu’il en fût délibéré sur les réquisitions et conclusions qu’il a laissées par écrit, de lui signés.

                                     DUBOIS DE BOSJOUAN

 

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Puis Bruno Corson, descendant lui-même de Poulain-Corbion, donne lecture du courrier d'un arrière-petit-fils qui rappelle les engagements et l'agonie de son aïeul.

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Ce courrier a été publié dans le journal L’Armorique N° 44 du Lundi 5 juillet 1880.

Saint-Brieuc, le 4 juillet 1880

 Monsieur le rédacteur,

 Le journal Le Progrès du 4 juillet m’a été adressé ce matin et j’y ai lu un article de M. Armand Dayot réclamant l’érection à St-Brieuc d’un monument commémoratif de la mort glorieuse de Poulain Corbion, mon aïeul. En remerciant l’auteur de cet article de ses intentions bienveillantes et de son appréciation vraie d’un fait qui honore ma famille et moi-même, je ne puis tout d’abord que répéter ce que j’avais eu l’honneur d’écrire, le 26 janvier 1868, alors que M. Pellarin avait demandé, après d’autres écrivains, que le nom de Poulain Corbion fût donné à la place publique qu’il arrosa de son sang :

           « Je suis personnellement reconnaissant de cet hommage rendu à la mémoire de mon glorieux ancêtre, et si j’avais une observation à faire, ce serait de le trouver incomplet. En effet M. Pellarin semble dire que c’est seulement par sa mort que Poulain Corbion a bien mérité de son pays ; c’est aussi par sa vie. Dès 1779, Poulain de Corbion (car c’était son nom) était nommé, par voie d’élection, maire de Saint-Brieuc et colonel de la milice bourgeoise, dont fut élu capitaine M. Leuduger-Fortmorel, le père de celui qui fut son gendre.

En 1782, Poulain de Corbion fut réélu maire et envoyé par la communauté de ville représenter la sénéchaussée de Saint-Brieuc aux Etats de Bretagne qui se tinrent à Rennes. C’est sous son administration et par ses soins que fut dressé le premier plan de la ville de Saint-Brieuc, que fut établie la promenade Duguesclin, dont les tilleuls, qui ombragent encore notre génération, furent plantés, à ses frais, en 1788. Vers cette époque aussi, il fit construire les quais du Légué du côté de Saint-Brieuc et obtint à cet effet du vicaire de l’église Saint-Michel un prêt de 12 000 livres fait à la ville sans intérêts ; c’est également à lui que l’on doit le pavage de la ville et l’établissement d’une chambre littéraire.

 En 1789, les électeurs choisirent Poulain de Corbion et Palasne de Champeaux pour les représenter aux Etats-Généraux, et quand mon aïeul revint à Saint-Brieuc, à l’expiration de sa mission, le 13 octobre 1791, les honneurs qu’on lui rendit à son arrivée, le discours qui lui fut adressé au nom de la population par M. Besné de la Hauteville, officier municipal, sont la preuve qu’il avait rempli, suivant les intentions de ses commettants, le mandat qui lui avait été confié ; il s’était associé aux réformes inaugurées en 1790, il avait embrassé les principes de sage liberté dont il était temps enfin de faire l’application, et donné des preuves de son entier dévouement à la chose publique.

 Mais pendant…..1792, 1793 et 1794, Poulain de Corbion qui n’aurait pas voulu s’associer aux excès commis au nom de la liberté, resta complètement étranger aux affaires politiques. Le 9 novembre 1791, réélu maire par 110 voix sur 122 votants, il n’accepta pas cette dignité : désireux cependant de ne pas rester inactif et de servir ses concitoyens sur un terrain où la politique ne s’assied pas, il accepta le 20 février 1792, d’être premier juge au tribunal de commerce nouvellement créé, où il fut élu avec MM. Chaplain, Vésury, Sébert et Villeberno.

 Le 30 octobre 1797, à une époque où la République, sortie des tristes jours de la Terreur, était devenue un gouvernement régulier, Poulain Corbion fut installé en qualité de Procureur de la Commune et commissaire du pouvoir exécutif ; le 20 mai 1798, il était nommé conservateur des bâtiments militaires de Saint-Brieuc, et il jurait DE MOURIR, ce sont les termes de son serment, plutôt que de trahir le gouvernement de la République devant l’ennemi.

Le magistrat civil a tenu son serment : IL EST MORT plutôt que de livrer les clefs de la poudrière aux chefs du parti qui avaient envahi la cité. Il était deux heures du matin. M. Huet, ancien notaire, m’a souvent raconté que, dans la matinée, il avait contemplé son cadavre adossé contre la tour nord de la cathédrale et sa belle chevelure blanche rougie par son sang. Son fils, mon grand-père, qui était lieutenant des canonniers, fut blessé dans la rencontre, et ma grand-mère m’a plus d’une fois parlé de la nuit affreuse qu’elle avait passée au corps de garde, où elle avait été jetée avec d’autres victimes de ces déplorables dissensions. »

 (…)

 Agréez, monsieur le Rédacteur, l’hommage de mon respect.

 J.-M. Poulain Corbion, père, Avocat.

Pour adhésion : Jean Poulain-Corbion, fils, avocat.

 Au dernier moment nous apprenons que le conseil municipal réuni, hier, en séance extraordinaire a décidé qu’un plaque commémorative serait apposée à l’endroit où M. Poulain Corbion a été frappé.

A cette occasion, le 14 juillet, les autorités seront convoquées et plusieurs discours seront prononcés sur la place de la Préfecture.

[Article recopié du journal L'Armorique conservé par Gilles Mathonnet].

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Kévin Magi lit ensuite le texte de la loi du 11 octobre 1941, ordonnant l'enlèvement des statues en bronze pour être fondues :

11 octobre 1941 : Vichy décrète l'enlèvement des statues

 "Nous, Maréchal de France, Chef de l’Etat Français, le conseil des ministres entendu,décrétons :

 Article 1

 Il sera procédé à l’enlèvement des statues et monuments en alliage cuivreux sis dans les lieux publics et dans les lieux administratifs, qui ne présentent pas un intérêt artistique ou historique.

 Article 2

Une commission sera créée dans chaque département pour déterminer les statues et monuments qui devront être conservés, en raison de leur caractère artistique ou historique.

 Des arrêtés pris par le Secrétaire d’Etat à l’Education Nationale et à la Jeunesse fixeront la composition de ces commissions.

 Article 3

Les objets métalliques enlevés seront mis à la disposition du Secrétaire d’Etat à la Production Industrielle dans les conditions qu’il fixera en accord avec le Secrétaire d’Etat à l’Economie Nationale et aux Finances, afin de remettre les métaux constituants dans le circuit de la production industrielle ou agricole.

 Article 4

Le présent décret sera publié au Journal Officiel et exécuté comme loi de l’Etat.

 

Fait à Vichy, le 11 octobre 1941 par Philippe PETAIN, Maréchal de France, Chef de l’Etat Français.

Le Ministre, Secrétaire d’Etat à l’Economie Nationale et aux Finances, Yves BOUTHILLIER.

Le Ministre, Secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Pierre PUCHEU.

Le Secrétaire d’Etat à l’Education Nationale et à la Jeunesse, Jérôme CARCOPINO.

Le Secrétaire d’Etat à la Production Industrielle, François LEHIDEUX".

                      

 Kévin Magi poursuit en donnant lecture de l'analyse de l' historienne France Debuisson :

"Le sacrifice des monuments publics au service de l’effort de guerre allemand

 1941. Il faut trouver des métaux non ferreux pour sulfater les vignes et approvisionner l’industrie, trouver du cuivre et de l’étain à tout prix. Ce sont des mesures de salut public selon l’amiral Darlan. C’est aussi une bonne occasion de faire place nette, aussi bien politiquement qu’esthétiquement, de toutes les gloires plus ou moins contestables élevées sur des socles par la République.

En fait de sulfatage, le bronze des statues part aussitôt pour Duisbourg en Allemagne comme bronze-statues, puis plus discrètement comme mitraille de vieux métaux destinés à la refonte

Le 10 février 1942, 163 tonnes de bronze-statues avaient été expédiées et un envoi de 150 tonnes était attendu pour février (Arch. Nat., 68 AJ 459). Pour se faire une idée du nombre de monuments, précisons qu’un buste pèse autour de 60 kilos, une statue en pied dans les 700 kilos et une statue équestre autour de 2 000 kilos. Les vignes françaises n’ont donc jamais profité du sacrifice des monuments publics qui ont fini dans l’effort de guerre allemand et devaient vraisemblablement fournir la matière première du grand projet du sculpteur Arno Brecker à la gloire du Reich car, pour faire des statues en ces temps de pénurie, rien ne valait d’autres statues refondues. (...)".

 

France Debuisson La mobilisation des bronzes dans les Côtes-du-Nord en 1941-1944 . In La Statuaire publique au XIXème siècle. Editions du patrimoine. 2005.

                             ...........................

 

 La parole est ensuite donnée à Annick Audoux, Présidente de la Fédération Départementale de la Ligue des Droits de l'Homme :

 

" Si la Ligue des Droits de l’Homme avait existé dans les années du grand chambardement de la Révolution Française il est permis de penser que Poulain Corbion aurait été ligueur.

Et si Poulain Corbion avait vécu au temps de l’Affaire Dreyfus , naissance de la LDH, sans aucun doute encore Poulain Corbion aurait été Dreyfusard, à la pointe du combat contre les préjugés l’arbitraire, les injustices.

C’est pourquoi la Ligue des Droits de l’Homme est ici présente aujourd’hui, pour rendre hommage à ce que fut Poulain Corbion, pour tisonner dans nos mémoires l’esprit républicain, de nos jours trop souvent endormi.

Rien ni personne ne devrait venir entraver cette volonté de réparer les agissements de Vichy, régime de connivence avec l’ennemi, Vichy régime toujours prêt à faire disparaître tout ce qui touchait à l’Histoire de la République. Non seulement à son histoire mais à la République elle-même puisque remplacée par l’Etat Français de sinistre mémoire.

Chers amis et membres de l’association, sachez cela : la Ligue des Droits de l’Homme sera toujours à vos côtés pour faire aboutir votre projet, la renaissance de la statue de Poulain Corbion en lieu et place, au cœur même de la ville de Saint Brieuc".

 

Il revenait à Edouard Le Moigne de conclure cette cérémonie par quelques mots rappelant la position de l'Association sur la question de la reconstruction de Monument.

"Alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que cet élément majeur de notre patrimoine soit reconstruit, et malgré les engagements pris, ce monument n'a pas été refait. Nombre de villes ont pourtant refait des monuments fondus par les Allemands : Rennes a refait le Monument Leperdit, maire de la ville sous la Révolution, Fougères a refait la statue équestre, l'ensemble en bronze du Général Lariboisière, Paimpol a refait le buste d' Armand Dayot inspecteur des beaux-Arts qui fut à l'initiative du Monument Poulain-Corbion. Même Saint-Brieuc qui avait vu fondre le buste Baratoux par Jean Boucher l'a remplacé par le buste actuel qui avait été précédemment réalisé par l'atelier des sculpteurs briochins Le Goff.

C’est dans la perspective de la reconstruction du monument qu’en 1999 année du bi-centenaire de la mort de Poulain-Corbion, a été créée l'Association Républicaine Poulain-Corbion.

La Municipalité et notamment son maire Bruno Joncour va quelques temps plus tard élaborer en partenariat avec l’Association un projet de reconstruction du monument. Un dossier est monté, le devis prévisionnel est établi, et une procédure de collecte des fonds nécessaires est lancée auprès des collectivités, des députés et sénateurs, avec le concours de toutes les sensibilités politiques, ainsi qu’une recherche de mécènes.

Le Conseil Régional vote d'ailleurs une subvention de 8000€ pour "ce beau projet" pour reprendre l'expression du Président Le Drian. Alain Cadec intervient auprès de diverses instances, y compris au niveau du Parlement européen. Ronan Kerdraon est disposé à puiser dans sa réserve parlementaire, de même que Gérard le Cam.

Michel Lesage, alors président de l'Agglo se dispose à faire voter une subvention. Mais le vote n’a pas eu lieu parce qu’une accusation majeure est reprise par 2 conseillers qui pointent la prétendue malhonnêteté de Poulain-Corbion tant dans son mandat de maire qu’à l’occasion de la vente des biens nationaux.Et ceci suite à la publication d'un livre « Qui a tué Poulain-Corbion ?» qui accuse lourdement Poulain-Corbion d'enrichissement frauduleux.

L’appel aux historiens

Sous le choc, il faut le dire, l'Association lançe un appel aux historiens, notamment Bernard Bodinier et Alain Soubigou, qui vont étudier les accusations de prévarication lancées à l’encontre de l’édile briochin. Nous puisons aussi dans les travaux consacrés par les historiens locaux Jules Lamarre et Georges Minois, à l'histoire de Saint-Brieuc, ou encore dans l'histoire de la chouannerie, étudiée notamment par l'universitaire rennais Roger Dupuy.

Pour faire vite : tant Bernard Bodinier professeur à l’Université de Rouen, spécialiste de la vente des biens nationaux qu’Alain Soubigou professeur à la Sorbonne et par ailleurs bon connaisseur de l’histoire de St-Brieuc, démontrent la fausseté des accusations. Nous mêmes dans l’Association nous nous penchons aussi sur la question, et découvrons qu’il s’agit d’une pitoyable supercherie. Nous en avons fait une petite brochure «  Qui veut de nouveau tuer Poulain-Corbion ? »que ceux qui ne la connaissent pas peuvent prendre sur place. A ce jour nous n’avons été contesté sur aucun point de notre analyse. Et pour cause.

 Notre détermination demeure

Plusieurs raisons majeures  nous dictent notre positionnement :

  • la première est la défense de notre patrimoine. Poulain-Corbion avait en 2007 fait l’objet d’une exposition dans le jardin d’hiver, préparée par la directrice des Archives Municipales et qu’elle avait judicieusement intitulée l’héritage de Poulain-Corbion. Car effectivement nous en sommes tous les héritiers, non seulement au travers de ses réalisations en tant que maire, de ses votes en tant que député, mais aussi en tant que représentant de la République et ayant trouvé la mort à cause de son engagement.

  • La seconde est qu’en cette période, et ceci depuis plusieurs années déjà, la République a besoin de réactiver ses repaires. Comme en 1889 où la République avait besoin de consolider ses assises. Et Poulain-Corbion, dans notre ville, notre département est une figure emblématique de la République que le talent de Pierre Ogé avait su traduire dans la statue installée sur cette place au niveau de l'Hôtel de Ville.Les motifs d'inquiétude ne manquent pas qui concernent l'unité de la Nation, les services publics sans lesquels l'égalité des droits n'est qu'un vain mot. La "Res publica" c'est la chose publique, qui fait le ciment des citoyens dans la diversité de leurs statuts sociaux ou de leurs opinions.Toutes choses qui sont aujourd'hui au cœur de l'actualité.

  • Enfin, puisque nous sommes dans une période de restrictions budgétaires, que nous voulons aussi prendre en compte, notre derrière Assemblée générale a proposé que la prise en charge du coût de l’opération soit assurée par une souscription à lancer par la Municipalité avec le concours de l’Association. On sait que cela se fait assez souvent. En 1889, il y eut aussi d'ailleurs une souscription lancée par la Municipalité Pradal, souscription dont le trésorier était Charles Baratoux. Sans oublier bien sûr la recherche de mécènes.

Bref, rien ne s'oppose à ce que le projet établi par la Municipalité et l'Association soit réactivé. Rappelons que les Bâtiments de France ont donné leur accord pour l'implantation du monument sur cette place. Les devis prévisionnels établis par un sculpteur et par un artisan fondeur sont sérieux, et donneront d'ailleurs lieu à appel d'offres. Pour le socle, rappelons que le LEP de Quintin qui enseigne la taille et la sculpture de la pierre a donné son accord pour sa réalisation dans le cadre d'un projet pédagogique.

Nous allons donc, à l'issue de ce rassemblement-anniversaire, reprendre contact avec Monsieur le Maire afin que soient étudiées les mesures à prendre pour réactiver le projet.

Comme dans la chanson populaire : « « On ne lache rien ! »

Gloire à Poulain-Corbion ! Vive la République !

                              .........................

Avant de se séparer, selon une habitude qui tend d'année en année à prendre corps, Jean-Claude Champagne, entonnait le Chant du départ que l'assistance de plus de cinquante personnes a repris à l'unisson.

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03/11/2014

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