Association Républicaine Poulain-Corbion

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Un épisode de la Chouannerie à Planguenoual en 1795

 

 

 LA « CROIX ROUGE ».

Dans le n° 92 de septembre 09 nous avons appris la restauration de la croix rouge par une équipe de bénévoles conduite par Francis Heurtel. Cette croix se situe, à peu près, à l'endroit même où furent inhumés à la hâte 2 chouans tués lors d'un accrochage avec les « bleus ».

 

Voici les faits : nous sommes au printemps 1795, les Conventionnels tiennent les villes mais en campagne les opposants à la Révolution, fidèles au roi et à l'Eglise s'organisent, c'est la Chouannerie. Dans le Penthièvre, « l’armée catholique et royale » est dirigée par le célèbre Boishardy depuis son fief de Bréhand. Les « blancs »opèrent par petites bandes et font régner la terreur en attaquant les « bleus » isolés, les courriers, les convois de munitions et en assassinant les patriotes. Dans notre région s'est constituée une bande de chouans dite « Compagnie des chouans de Planguenoual ». Elle relevait du commandement de Boishardy mais en fait, elle agissait souvent seule aux ordres et selon les humeurs de son « chef de canton » le capitaine Pierre Bourgault (1). Il faut dire que cette compagnie de chouans, surtout formée de déserteurs, qui avaient refusé le service armé pour la République, comptait parmi ses rangs quelques aventuriers plus bandits que loyalistes dont les actions ternissaient quelque peu l'image même de la Chouannerie.

 Dans la soirée du 20 mai, vers « six heures du soir », la compagnie de chouans de Planguenoual, dans laquelle on trouve quelques Anglais (2), s'est dissimulée dans une lande près du Poirier. Pierre Bourgault, qui rêve d'un coup d'éclat, a décidé d'attaquer la garnison de Pléneuf et de massacrer tous les gardes-nationaux !La compagnie forte de 35 hommes environ, attend que la nuit tombe pour s'approcher de Pléneuf. C'était sans compter sur le comité de surveillance du District de Lamballe qui était renseigné par des « taupes » au sein même des chouans. Les autorités républicaines de Lamballe dépêchèrent sur place un détachement de 30 canonniers d'Erquy et de Pléneuf, commandé par le capitaine Jean-Denis Dulong. Les « bleus » débusquèrent la troupe de chouans et au cours de l'accrochage ils blessèrent un Anglais. La compagnie de chouans, profitant alors de la nuit qui tombait, battit en retraite, poursuivie par les « bleus ». Elle se retrancha, non loin de là, dans la métairie des « Fontaines d'A Haut » (act - Fontaines d'En Haut). Cette ferme, les chouans la connaissaient bien, car elle faisait partie d'un réseau de soutien et de correspondance pour la chouannerie (3). Située à l'écart de la grande route de Lamballe, elle appartenait au « ci-devant » Jean-François Poulain-Corbion (4) et elle était exploitée par Mathurine Guinard, veuve Crolais, et ses 4 fils, dont François le cadet, servait justement dans la troupe de Pierre Bourgault. Les « bleus » encerclèrent les « blancs » réfugiés dans la cour fermée et les bâtiments d'exploitation ; la fusillade commença. Elle tua un pauvre cheval et deux « brigands » : le capitaine Pierre Bourgault, victime de son héroïsme, et l'un de ses compagnons. Privée de son chef, la bande décrocha aussitôt en s'enfuyant derrière la ferme, passant sous le couvert du verger. Les « patriotes » tuèrent encore 3 Anglais, cibles idéales pour les « bleus » car ils étaient coiffés de chapeaux de marins visibles de loin ! Les chouans avaient emporté dans leur retraite précipitée les corps de leurs deux infortunés compagnons. Au petit matin, ils les enterrèrent non loin de là, de façon anonyme, pour éviter une possible exhumation par les bleus. Plus tard, sans doute sous l'Empire, une croix rudimentaire, la première, marquera la sépulture des deux chouans. C'est « la Croix Rouge » (l’armée "royale" s’appelait aussi « armée rouge »). Furieux de n'avoir tué que 5 « bandits », les « bleus » passèrent la nuit dans la ferme, menaçant les habitants et, au petit matin, ils se rendirent au manoir de la Houssaye qu'ils pillèrent allègrement au grand désespoir du propriétaire Mr Louis-Joseph Héliguen. Ils avaient auparavant enterré les 3 Anglais dans une fosse creusée près du verger. Suite au rapport fait par le capitaine Dulong, le district diligenta sur place le juge de paix Bellanger qui fit aussitôt exhumer les 3 Anglais : on constata qu’ ils avaient été tués par balles puis achevés à coups de baïonnettes, il fallait économiser au maximum les munitions. Les corps avaient été dévêtus, ils ne portaient plus qu’une chemise et un caleçon, un sursaut d'humanité de la part des soldats. Ils furent ré-enterrés au même endroit ; peut-être y sont-ils encore 214 ans après les faits ? Cette question peut se poser également pour les 2 corps enterrés sous la croix rouge, ou à proximité, car leur situation de proscrits leur interdisait toute sépulture dans un cimetière et aucun registre paroissial de la région ne mentionne l’inhumation de Pierre Bourgault et de son compagnon. Le mystère reste entier.

 

(1)   Il travaillait à la Ville-Hatte comme métayer. Il était né aux Rigaudais, d’Alexis Bourgault et de René Masson.

(2)   Sans doute débarqués avec des émigrés en provenance de Jersey, du côté du cap d’Erquy, en février.

(3)   Dans ce réseau d’aide aux chouans et aux  émigrés, on trouvait La Hazaye, Les Bignons, La Ville-Auvais, la Houssaye, la ferme de la petite Villéon…

(4)   Il avait été maire de Port-Brieuc (act.St-Brieuc), député à la Constituante, grand patriote, son manoir de St-Vréguet avait été pillé et en grande partie incendié par une compagnie de chouans – en janvier – commandée par Fidèle Le Vicomte, sgr de la Ville-Courio en Morieux .

 

[Les  Planguenouvelles  Janvier 2010. Bulletin municipal de Planguenoual]



07/02/2011

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