Association Républicaine Poulain-Corbion

Association Républicaine Poulain-Corbion

Les circonstances de la mort de Poulain-Corbion : le rapport officiel.

 

 

 

Poulain-Corbion et un certain nombre de Briochins trouvent la mort dans la nuit du 4 au 5 brumaire anVIII (25-26 octobre 1799) alors que plusieurs centaines de Chouans ont investi la ville.

L'administration départementale (les départements ont été créés en 1790 et remplacent les provinces), envoie aux communes un rapport sur l'événement. Daté du 7 brumaire, il est conservé aux Archives Municipales de Saint-Brieuc, ainsi que recopié ci-dessous.

 

 

 

L I B ERTE                                EGALITE                                                                        .

 

                             Port-Brieuc le 7  brumaire an 8.

 

            L'ADMINISTRATION CENTRALE

 

                    Des Côtes-Du-Nord       

 

A l’Administration municipale d

 

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Nous vous vous faisons part, citoyens, de l’événement dont ce chef-lieu vient d’être le théâtre. Dans la nuit du 4 au 5 brumaire de ce mois, à trois heures du matin, la ville fut assaillie par une horde de brigands  qui, simultanément, attaqua et força les postes ordinaires où se faisait le service de la garde. Ces attaques inattendues furent accompagnées, sur tous les points, de cris prolongés de vive le roi.   Les brigands, maîtres de la place et du principal poste  sur la route de Lamballe s’ établirent dans les corps-de-garde , placèrent des sentinelles aux avenues des différentes routes et dans les rues  et firent circuler des patrouilles qui, chacune de son côté,  faisaient entendre les cris de vive  le roi et qui ne cessaient de tirer des coups de feu.  Le quartier des troupes en garnison fut aussi bloqué, afin de les empêcher de sortir ; l'ennemi pénétra aux écuries , et enleva les chevaux de chasseurs et  de l’artillerie légère. Réveillés par le bruit des coups de feu et par les cris  des assaillants,  plusieurs citoyens ne consultant que l’honneur et voulant combattre ces rebelles , sortirent en armes.  Ils rencontrèrent partout des sentinelles ou des patrouilles ennemies.  On leur criait qui vive ; et à leur réponse Républicains, on les criblait.  C’est ainsi 'que la brigade de  gendarmerie , arrivant sur la Place de la Liberté, reçut une décharge qui tua un gendarme et en blessa grièvement trois.  Les citoyens ne savaient où se rallier, les différents points étant occupés par l'ennemi.  Dans quelques  maisons on voulut placer de la chandelle aux fenêtres ; mais l'ennemi s'y opposa et par ses menaces et par les coups de fusil.  L'ennemi ayant forcé la porte d'entrée de la cour du local du département, s’empara de deux pièces de canon qui y étaient déposées, avec leurs coffrets garnis d’une douzaine de gargousses. Il força également les portes d’entrée du local de l’administration, pénétra dans un bureau dont il renversa les cartons, et où il déchira et foula aux pieds les papiers. Il n’eut pas le temps de pénétrer dans les autres bureaux.

 A quatre heures on entendit sonner la cloche d’alarme de la prison que les brigands attaquaient, et où ils pénétrèrent. Ils firent ouvrir tous les appartements, et mirent en liberté tous les détenus qu’ils emmenèrent. Au nombre des détenus se trouvaient plusieurs chefs de chouans, des condamnés à mort appelants de leurs jugements, et des prêtres réfractaires.

 La pointe du jour arrivant, un peloton de troupes républicaines déboucha sur la principale place, fit un feu roulant sur l’ennemi qui y était, et l’on débusqua précipitamment. A ce même moment d’autres pelotons de troupes et de citoyens circulaient dans la ville, et en chassaient les brigands. A six heures et demie elle était entièrement évacuée.

 Lorsque l’on put vérifier le mal qu'avait fait l’ennemi , on reconnut qu’il avait emmené une pièce de campagne de 4. On trouva dans les rues et sur la place sept bourgeois tués, au nombre desquels était Poulain-Corbion père, commissaire du directoire exécutif , un gendarme. Il y a eu neuf bourgeois blessés grièvement, ainsi que le capitaine de la gendarmerie, trois gendarmes et trois militaires.  On trouva aussi dans  les rues trois chouans tués, et dans une maison un chouan blessé à mort. A deux portées de fusil de la ville on trouva huit chouans morts. On sait qu’ils ont eu beaucoup de blessés, puisque dans la nuit même ils se firent ouvrir une maison pour les panser. On craignit pour la poudrière, mais l’ennemi n’a pu y pénétrer. Il ne s’est pas emparé non plus des caisses publiques : ils attendaient le jour pour commencer le pillage, auquel ils n’ont pas eu le temps de se livrer.

Suivant divers rapports, ils étaient au nombre de sept cents. Plusieurs divisions chouanniques s’étaient réunies pour faire ce coup de main. On sait qu’entr’autres chefs les ci-après nommés s’y trouvaient : Debarre, la Vendée, Carfort, la Justice, Martin, surnommé César, Sans-Souci, Saint-Régent, dit Pierrot. Le peu de forces qu’il y avait dans la ville ne permit pas de poursuivre l’ennemi dans sa retraite aussi tôt qu’on l’eût désiré ; car le premier soin fut de s’assurer qu’il avait entièrement pris la fuite, et qu’il ne s’était point placé en embuscade dans les environs pour y rentrer dès qu’il aurait vu que les troupes en seraient sorties. On envoya cependant une colonne qui lui donna la chasse jusqu’au bois de Plédran. Dans le jour une compagnie de carabiniers étant arrivée, elle reçut du général l’ordre de marcher sur les traces des brigands, et de presser la marche pour tâcher de les atteindre. Cette compagnie, commandée par le citoyen Comminet, qui s’est distingué tant de fois, a rencontré l’ennemi dans le bois de Lorge, près de Quintin. Il l’a attaqué hier à neuf heures du matin, l’a complètement battu, lui a tué quarante hommes, et a repris la pièce de canon enlevée.

 

          Cet événement, ainsi que ceux de même nature qui l’ont précédé, donnent la mesure des projets de l’ennemi, qui est d’attaquer le soir, à la faveur des ténèbres et du sommeil, n’ayant pas le courage de se montrer le jour : mais cette tactique connue, la vigilance des citoyens jointe à l’ardeur des troupes, sauront la mettre en défaut.

 

          Nous invitons les autorités constituées à redoubler de soins pour préserver leurs arrondissements respectifs de malheurs semblables à ceux sur lesquels nous gémissons aujourd’hui. De notre côté nous ferons nos efforts pour que l’ennemi soit promptement mis hors d’état de nuire.

                                         Salut et fraternité

LE PROVOST, président ; BARBEDIENNE, P.M. LONCLE, BRICHET et BENJ. DELAUNAY, administrateurs.

DENOUAL, commissaire du Directoire exécutif.

C. LE GORREC, secrétaire en chef.

                                      ……………………………………………………..

 



12/09/2010

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