Association Républicaine Poulain-Corbion

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Après la conférence sur Armand Dayot

Après la conférence sur Armand Dayot                    

La conférence « Armand Dayot, une vie au service des Arts et de la République en Bretagne » organisée à Saint-Brieuc le vendredi 1er avril 2011, a été appréciée par une assistance de 70 à 80 personnes. Co-présidée par Pierre Delourme , Maire-Adjoint aux Finances et Edouard Le Moigne président de l’ARPC. Assistait également, France Le Bohec, Maire-adjointe à la culture de Paimpol, lieu de naissance d’Armand Dayot, la ville lui ayant consacré un monument par Jean Boucher. Ce buste en bronze ayant été fondu sous l’occupation a été remplacé en 1956 par un autre en granit cette fois.Egalement présente, Muriel Cottret, Conseillère Municipale de St-Brieuc. S'étaient Excusés, Philippe Guéniffey et Brigitte Blévain, Maires-adjoints.

 

Elle s’est tenue dans la belle salle du Conseil Municipal de l’Hôtel de ville, dotée de sonorisations et d’un écran de projection et a été suivie du verre de l’amitié servi par les soins et les personnels de la mairie dans la salle des mariages. Plusieurs représentants du monde des arts et des lettres ainsi que de plusieurs associations étaient présents : la conservatrice du musée et son adjoint, Patrick Harismendy, professeur d’histoire contemporaine de Rennes en poste à St-Brieuc, les responsables d’associations : Amis de Louis Guilloux, Amis d’Anatole Le Braz, Société d’Emulation des Côtes-d’Armor, Amis de l’Abbaye de Beauport, Association Républicaine du Monument de la Fédération Bretonne-Angevine de Pontivy,…sans oublier Loïc Thomas, historien ayant étudié les enjeux politiques dans le nord du département à la jonction des XIXème et Xxème siècles, ou encore le sculpteur Bernard Potel.

 

Une délégation des Amis de Pierre Loti de Paimpol  a manifesté son intérêt pour le projet  en cours de reconstruction d’un nouveau monument à Poulain-Corbion : ils envisagent en effet la réalisation à Paimpol d’un monument à Pierre Loti à partir de la maquette existante réalisée par le sculpteur aujourd’hui décédé  Francis Renaud.

 

Anne-Sophie Aguilar a captivé  un auditoire  attentif et intéressé. Elle s’est déclarée ravie de l’accueil qui lui a été réservé en Côtes-d’Armor, où elle est appelée à revenir pour sa thèse en cours, ses recherches portant notamment sur la correspondance de Dayot largement indisponible, et pour beaucoup encore à découvrir.

 

Il revenait à Pierre Delourme de remettre à notre jeune conférencière, au nom de la ville, l’ouvrage  Histoire de Saint-Brieuc et du Pays briochin (Ed. Privat). Marylène Chenet, secrétaire de l’ARPC lui offrait une assiette à l’effigie de Poulain-Corbion, œuvre de l’artiste briochin André Coupé.

 

Anne-Sophie Aguilar a accepté de nous envoyer, pour ceux qui ne pouvaient être présents, un résumé de sa conférence que vous trouverez ci-après, en regrettant de ne pas y inclure les photos projetées, ni de rapporter la discussion qui a suivi son exposé.

 

 

 

                  Armand Dayot, une vie au service des Arts

                           et de la République en Bretagne.

 

 

 

I.                   Armand Dayot (1851-1934), une figure majeure de la scène artistique sous la Troisième République

 

Les activités d’Armand Dayot sont nombreuses et variées, et font de lui l’une des figures majeures de la scène artistique sous la Troisième République.

En 1879, Armand Dayot, qui essaie jusqu’alors de se faire un nom en publiant articles et nouvelles dans la presse, est nommé inspecteur des Beaux-Arts, puis inspecteur général en 1881.

Qu’est-ce qu’un inspecteur des Beaux Arts ?

Les missions de ces fonctionnaires attachés à l’administration des Beaux-Arts sont, tout au long de la IIIe République, assez floues. Ils sont chargés, notamment, de « l’organisation des expositions annuelles, des contacts entre l’administration et les artistes pour apprécier l’état d’avancement des commandes et l’opportunité des secours, l’inspection des musées de province », etc.

Exemple (photo)  : Chez Paul Dardé avec Anatole France, Henri Martin (directeur des Beaux-Arts) et Dayot, vers 1920 pour le projet du Laocoon.

 

Cependant, ce corps d’inspecteurs est très contesté : on voit dans cette fonction une « sinécure », c’est-à-dire un emploi, une charge, souvent attribuée par accointances, qui n'implique aucun travail effectif.

Cette accusation n’est pas sans fondement, mais elle ne peut en aucun cas s’appliquer à Armand Dayot. Ainsi, alors que certains inspecteurs, pris par d’autres occupations, ne rendent aucun rapport, Dayot en produit 68 en 1882, après son entrée en fonction, 69 en 1883 et enfin 105 en 1885. Nombreux sont ceux qui louent ce « travailleur infatigable », toujours fourmillant de projets.

Ce sérieux ne se démentira jamais. Durant la Première guerre mondiale, alors qu’il s’agit d’assurer la protection ou le déménagement des œuvres hors de Paris bombardé, il rédige jusqu’à 500 rapports en une semaine ! Les archives de l’Administration des Beaux-Arts, conservées aux Archives nationales de Paris, témoignent d’ailleurs de cette extraordinaire activité.

Il est sur tous les fronts. L’inspecteur se préoccupe du sort des artistes dans le besoin : il suit les commandes de l’état (il écrit d’ailleurs, dans le Long des routes, le quotidien poignant des artistes miséreux), répond aux demandes de secours (il sera le dernier inspecteur à rencontrer Camille Claudel, et insiste dans son rapport sur l’urgence d’une aide immédiate), et porte une attention particulière aux bourses de voyages, qui permettent aux jeunes artistes qui n’auraient pas obtenu le prix de Rome de voyager dans toute l’Europe.

Armand Dayot côtoie également les artistes reconnus : il accompagne le sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts pour choisir les œuvres à acquérir au nom de l’Etat, participe aux inaugurations officielles, et s’investit dans l’organisation d’expositions d’importance, telle l’exposition centennale des Beaux-Arts en 1889.

 

Dans le cadre de ses fonctions, Armand Dayot fait preuve d’une grande ouverture d’esprit : en 1890, il signe la pétition en faveur de l’achat de L’Olympia de Manet par l’Etat.

Ex : affaire du Salon d’automne de 1913 : Un Nu de Kees Van Dongen et une toile de Hodler [l’Amour] offensent la pudeur de certains visiteurs. Le commissaire de police du quartier intervint pour demander aux organisateurs de retirer de la vue du public ces objets de scandale. Le comité du Salon d’automne décide d’enlever le tableau de Van Dongen mais refuse d’obtempérer pour l’autre. Le cabinet du préfet de police, invité à agir, demande l’avis du sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts. Dayot, invité à rédiger un rapport, estime déplacée toute mesure pouvant être prise contre l’œuvre, qui reste en place.

 

Dayot essaie de garder cette ouverture d’esprit et cette neutralité durant toute sa carrière. En 1913, il est chargé d’organiser la section française à l’exposition internationale de Munich. Les enjeux sont importants : il s’agit d’affirmer, dans une Europe sous tension à la veille de la Seconde guerre mondiale, la suprématie de l’art français. Le choix de Dayot fait la part belle à l’éclectisme : « Bonnat, Besnard, Bonnard vivaient en parfaite intelligence sur le même panneau ; Degas voisinait avec Paul Chabas, Humbert avec Forain… et les peintures de Claude Monet et de Sisley répandaient leur joyeuse et fraîche limpidité à l’ombre des futaies mélancoliques de Pointelin, etc. »

Cependant, les tendances les plus à l’avant-garde, telles le fauvisme ou le cubisme, n’y sont pas représentées. Ces mouvements artistiques ne seront jamais validés par le jugement de son goût.

 

Par ses activités d’inspecteur des Beaux-Arts, Dayot est amené à côtoyer constamment le monde artistique, de l’administration aux artistes en passant par les mécènes ou les collectionneurs. En dehors de ses fonctions officielles, il organise de nombreuses expositions. Par exemple, en 1888, il organise une exposition sur « Les maîtres de la Caricature française », alors même que ce genre n’est pas encore clairement reconnu comme artistique.

Citons encore, par exemple, l’exposition « Cent portraits de femmes des écoles française et anglaise » (1909) qui connut un grand succès.

Il publie également de nombreux livres : salons (forme fréquente de critique d’art à l’époque), ouvrages d’histoire, d’histoire de l’art (peinture hollandaise, anglaise, militaire, etc.), romans… Sa plus grande réussite éditoriale est sans conteste la revue L’Art et les Artistes, fondée en 1905. La revue publie des articles des personnalités des mondes littéraires et artistiques les plus célèbres du temps.

La longévité et la stabilité de cette revue d’art est remarquable : malgré la guerre, la revue paraît régulièrement pendant trente-quatre ans, jusqu’en 1939, alors que de nombreuses publications naissent et meurent en à peine quelques mois. Les « numéros spéciaux », thématiques, rencontrent un grand succès. Le seul titre à connaître une telle pérennité durant les mêmes années est La Gazette des Beaux-Arts.

 

Si les différentes activités de Dayot connaissent le succès, c’est notamment grâce aux liens qu’il parvient à nouer avec un vaste réseau, politique, étatique, littéraire ou artistique. Sa diplomatie est légendaire. Il parvient à convaincre l’impétueux Clemenceau de poser pour Rodin. Il avait fait de même pour le jeune graveur Anders Zorn, obtenant d’Ernest Renan une séance de pose malgré son emploi du temps surchargé.

Armand Dayot est connu pour ses talents de stratège. Opiniâtre, il est rare qu’il n’obtienne pas ce qu’il veut, et Rodin, par exemple, le sollicite à de nombreuses reprises pour résoudre des situations délicates, avec succès. Dayot sait manier son réseau de relations, confiance et services rendus, de manière désintéressée, étant les maîtres-mots.

 

Il met notamment ses talents au service de ses compatriotes bretons. En effet, l’attachement de Dayot à sa région natale est profond et durable.

 

 

II.                Liens avec la Bretagne

 

 

Une enfance bretonne, souvenirs.

 

Armand Dayot naît le 19 octobre 1851 à Paimpol, dans le département des Côtes-du-Nord. Selon son acte de naissance, il est le fils de Jean Claude Amateur Dayot, un vétérinaire de 36 ans, et de Marie Anne Le Manach, « propriétaire » âgée de 27 ans.

Dans son autobiographie, L’Heureuse Traversée, publiée en 1933, Dayot écrit son affection pour « ce bon petit pays de Paimpol ». Le jeune homme est marqué par des rencontres : le capitaine Bellegarde, soldat survivant de la bataille de Sidi-Brahim en 1845, le comte Poninski, exilé polonais résidant à l’abbaye de Beauport, et Jean Kerlidou, « le bon pirate », un contrebandier, vieux soldat et ancien marin à la réputation sulfureuse.

Dayot devient élève au petit séminaire de Tréguier puis entre à 16 ans au lycée de Saint-Brieuc, qui lui laisse un très bon souvenir. Bon élève, il montre un goût prononcé pour l’histoire et la rhétorique. Après un baccalauréat ès lettres, il s’inscrit en médecine à Rennes avant de quitter la Bretagne pour Toulouse, où il obtient une licence de droit.

Nous avons vu que l’essentiel de la vie de Dayot se déroule ensuite à Paris. Néanmoins, Dayot n’oublie jamais son pays natal. Ses lettres à ses amis bretons sont l’occasion de chanter son amour pour sa patrie.

Armand Dayot ne cesse en effet d’entretenir des relations avec les personnalités bretonnes de son temps : les plus célèbres, Renan et Pierre Loti (ce dernier le remercia vivement pour son intervention auprès du conseil municipal de Paimpol, qui donna son nom à l’un des quais de la ville), mais aussi Anatole Le Braz ou Yves Le Febvre, actif directeur de La Pensée bretonne. Nous parlons ici des quelques personnalités avec lesquelles une correspondance a été retrouvée. Souvent sont évoquées les douleurs de l’exil.

 

Il écrit par exemple à Anatole le Braz : «  (…) je suis comme vous, j’ai toujours peur de revoir la Bretagne. Les choses y ont gardé leur attitude de beauté, ce charme long, subtil, pénétrant qui n’est qu’à elles, et cette vertu d’envoûtement à laquelle nous redevenons sensibles, dès que nous retrouvons  l’atmosphère bretonne, mais l’humanité – cette humanité qui, naguère, était en si parfaite harmonie avec le ciel et le sol – me cause désormais une impression de trouble et de malaise qui me gâte jusqu’à l’inexprimable suavité de nos crépuscules occidentaux. Et dire que ce pays s’est jadis incarné dans un Renan, c’est-à-dire dans l’intelligence des intelligences, un VOUS tout de lumière, d’idéalité, de compréhension, d’hospitalité sans borne à toutes les faces de la vérité ! Comme nous en voilà loin ! » (Anatole Le Braz à Armand Dayot, lettre du 2 août 1919).

 

Avec Yves Le Febvre, Dayot évoque davantage la politique (il suit notamment l’évolution de La Pensée bretonne) : « Unissons nos efforts pour faire une Bretagne nouvelle, en défendant sa beauté, en cultivant son esprit et en développant pour le bien de tous, les vertus natives… Il y a beaucoup à faire et il est temps de se mettre sérieusement à l’œuvre » (lettre d’Armand Dayot à Yves Le Febvre, 17 décembre 1911).

 

Du côté artistique, son action en faveur des peintres bretons est constante. En 1895, il organise une exposition  réunissant des peintres de la Bretagne, tels Maxime Maufra, Ary Renan ou Pierre Ogé. L’Art et les Artistes consacre une large place à la scène artistique bretonne. Les artistes bretons savent qu’ils peuvent trouver en l’inspecteur des Beaux-Arts un soutien sans faille.

Mathurin Méheut, par exemple, bénéficie de bonnes places aux expositions, de bourses ou encore d’achats de la part de l’administration, par l’intermédiaire de Dayot (cf. Denise Delouche). L’inspecteur des Beaux-Arts lui consacre par ailleurs plusieurs articles, notamment celui-ci, « Un artiste combattant », paru le 26 août 1916 dans L’Illustration.

Jean-Julien Lemordant, quant à lui, n’aura de cesse de clamer son amitié pour celui qui a tant fait pour lui. Cet artiste insiste d’ailleurs pour que Paimpol rende hommage à Armand Dayot en lui érigeant un buste en 1934. [voir photo + buste en plâtre de Bernard Potel]

 

A sa mort, en 1934, un journaliste (O. L. Aubert) écrit : « C’était un vrai breton par la pensée et par le cœur. C’était aussi une grande âme. Nul ne fut jamais plus accueillant que lui à tout ce qui venait de Bretagne. Ses jeunes compatriotes, littérateurs ou artistes, étaient toujours certains de trouver l’appui de sa bienveillance et de ses conseils éclairés. Aussi, tous frappaient-ils à sa porte sans hésiter, sachant bien qu’elle s’ouvrirait devant eux, toute grande ».

 

L’action de Dayot en Bretagne ne se limite cependant pas à l’entretien d’amitiés littéraires ou artistiques. Ce républicain convaincu se préoccupe également, toute sa vie, des conditions de vie des Bretons.

Comme il le raconte dans ses souvenirs, Dayot est très tôt fasciné par le courage des armateurs paimpolais, ces « islandais » immortalisés par Pierre Loti. Il écrit d’ailleurs plusieurs récits consacrés aux légendes islandaises, par exemple « Le naufrage de La Rafale, histoire d’Islande » ou « La fontaine de Coatnoz, histoire d’Islande » dans Le Long des routes, récits et impressions en 1897.

Dayot est très sensible à la condition des pêcheurs d’Islande. En 1894, il demande à un parlementaire de déposer et de défendre un projet de loi en leur faveur. En décembre de la même année, il entre au conseil d’administration de la Société de secours aux marins, la « société A. de Courcy ». Il défend également, avec la ligue des Bleus de Bretagne, le projet de création d’un « orphelinat de la mer » qui ne verra pas le jour. Il fait également appel à son réseau : en 1901, il intercède, à la demande de Madame Yves Buhot de Launay, auprès d’Auguste Rodin, avec lequel il a des contacts étroits, pour lui demander une œuvre qui figurera dans une tombola organisée en faveur des orphelins des pêcheurs d’Islande. Le sculpteur envoie à la présidente du comité de secours aux familles des naufragés un Bourgeois de Calais en bronze. Dayot le sollicite à nouveau en 1910 pour une autre tombola au bénéfice des veuves et des orphelins des victimes du naufrage de deux bateaux, « l’Hygie » et « le Glaneur ». Rodin envoie cette fois-ci un dessin.

 

Dayot défend très tôt ses idéaux républicains au sein de plusieurs associations bretonnes. Il participe notamment aux Dîners Celtiques, souvent présidés par Ernest Renan, s’engage ensuite dans la Pomme, puis fonde en 1894 l’association des « Bretons de Paris ». Ce mouvement a une vocation sociale – réunir les Bretons de la Capitale pour les encourager à des actions de bienfaisance – et idéologique : promouvoir le progrès en Bretagne. En 1899, l’association des Bretons de Paris se fond dans la « Ligue des Bleus de Bretagne », dont il est le président de 1904 à 1907. Ce mouvement républicain et anticlérical, très bien décrit par Loïc Thomas, vise à « propager l’enseignement civique de la Révolution ».

 

 

III.             Dayot et la statuaire publique

 

 

Pour ce faire, Armand Dayot , au sein de ces associations, multiplie les initiatives en faveur de monuments aux grands hommes. L’inspecteur des Beaux-Arts est un homme d’images. Passionné de photographie, fasciné par le cinématographe, il se sert constamment de l’illustration dans ses ouvrages d’histoire ou d’histoire de l’art, ainsi que dans sa revue.

 

De manière plus générale, sous la Troisième république, l’image est le moyen de diffuser, auprès d’un large public, les idéaux républicains. Les bustes de Marianne se multiplient dans toutes les mairies de France, et les fêtes en l’honneur du régime sont l’occasion de grands rassemblements autour de l’imagerie républicaine. Dans cette politique de l’image et du symbole, le monument public prend une importance considérable. En effet, il s’agit de matérialiser une image, un symbole, dans l’espace public. « C’est par la lumière de l’Art que nous triompherons de la basse politique » écrit-il à Yves Le Febvre le 8 septembre 1919.

 

Différents projets :

Armand Dayot soutient différents projets de monuments, notamment à Constantin Guys (1905), Stendhal (1905), Villiers de l’Isle-Adam (1905), Jules Verne (1905), Victor Hugo (1906), Flaubert (1907), Carrière (1912), Daumier, etc.

Parmi tous ces projets, le monument au Travail tient une place particulière : né en pleine affaire Dreyfus, ce projet lancé en 1898 visait à réunir les artistes par-delà les clivages politiques, dans une volonté pacificatrice, de réunification et de fraternité dans une France divisée.

 

En Bretagne :

-  Poulain-Corbion (1889)

 

-  Hoche : Monument élevé à la mémoire de Lazare Hoche à Quiberon, par Jules Dalou. Inauguré le 20 juillet 1902.

 

-   Ernest Renan. Projet de longue date, auquel Dayot pense dès la disparition du grand homme en 1892. C’est un projet que l’inspecteur des Beaux-Arts veut essentiellement breton. Choix de Jean Boucher, un jeune sculpteur breton. Il écrit à Auguste Rodin : « Il était inutile de songer à vous demander ce travail essouflé ». Pourquoi choisir un jeune sculpteur au lieu de l’inoubliable artisan de La Porte de l’Enfer ? Tout d’abord, il est possible que Dayot ait redouté de confier au sculpteur la réalisation d’un monument qu’il aimerait voir inauguré au plus vite. Or, le retard de Rodin à honorer ses commandes est connu : il fallut près de dix ans pour que le groupe des Bourgeois de Calais, commandé en 1885, ne soit enfin inauguré officiellement.

 

En outre, Dayot sait que l’érection de ce monument en Bretagne sera mouvementée. Il fait donc le choix d’une esthétique traditionnelle (le monument de Tréguier représente Renan assis, auréolé par Pallas Athéna). Fallait-il en effet risquer un scandale similaire à celui provoqué par le Balzac de Rodin, qui embarrassa tant la Société des gens de lettres ?

Enfin, Jean Boucher est breton. Dans une France marquée par le régionalisme, et d’autant plus en Bretagne, il n’est pas anodin de confier à un « enfant du pays » la réalisation d’un monument dédié à une personnalité originaire de cette région, monument en outre financé par l’association des Bleus de Bretagne.

L’inauguration a lieu en 1903. Les festivités sont particulièrement mouvementées. Cf. Loïc Thomas.

 

Aujourd’hui, on parle souvent de « statuomanie » pour dénoncer le goût de la Troisième République pour la statuaire publique.  Catherine Chevillot écrit :

« Plus frappant que le discours – car il permet la mise en scène définitive dans l’espace de la rue, plus quotidien que le livre – car on le croise inévitablement, [le monument] devient l’un des instruments privilégiés de la pédagogie et de la propagande sous la Troisième République. Cent cinquante monuments sont élevés de Sedan à la déclaration de la guerre de 1914, soit 62% de l’ensemble des statues érigées à Paris pendant le siècle ». Le monument au grand homme se multiplie en effet, aux côtés d’abstractions déifiées, telles la Liberté ou la République. Comment expliquer un tel engouement ? Il s’agit, à l’époque où la République est toujours menacée, de statufier non plus des rois ou des saints, mais des héros républicains. Maurice Agulhon écrit à ce propos : « pour que les statues fussent si nombreuses, il fallait bien que la statuaire publique ait été étendue à des êtres qui ne soient pas sacrés comme l’étaient les saints ou les rois ; à des êtres dont le mérite était personnel (non hérité) et laïque (non canonisé) ; il y a bien là une éthique de l’homme, et l’amorce d’une pédagogie par le grand homme. Bref, l’idéologie implicite de la statuomanie, c’est l’humanisme libéral, dont plus tard la démocratie sera l’extension naturelle ».

 

Que peut encore nous apporter la statuaire publique aujourd’hui ? Comme au temps de Dayot, le monument au grand homme a une dimension exemplaire, mais aussi une dimension historique. La statuaire publique est une invitation à se souvenir d’un passé commun. Nombre d’événements, de personnages, aussi importants soient-ils, sombrent quotidiennement dans l’oubli. Armand Dayot, par exemple, qui a tant compté en son temps — son omniprésence agaçait notamment Léon Daudet – n’est aujourd’hui plus connu que par quelques historiens qui retrouvent, çà et là, des bribes de son existence. Peu de Paimpolais connaissent ce personnage dont le buste trône devant la mairie. On peut trouver des raisons à cette méconnaissance progressive : la principale est que la mémoire d’Armand Dayot n’a pas, après la mort de sa fille unique, été entretenue. L’on pourrait disserter longtemps des mécanismes de l’histoire et de l’oubli. Soulignons simplement que, bien souvent, le récit que l’on fait des grands hommes participe à la reconnaissance de leur importance historique.

 

Aujourd’hui, alors même que je tente de faire revivre la personnalité d’Armand Dayot pour éclairer, au-delà de l’homme même, l’époque dans laquelle il s’inscrit – et plus particulièrement son rôle dans les réseaux artistiques – je ne peux que saluer les initiatives de tous ceux qui se proposent de défendre et de raviver le souvenir. Le rôle des associations, telle l’Association Républicaine Poulain-Corbion, des amateurs, et de toute personne sincèrement intéressée par l’histoire, est inestimable pour la connaissance. Je remercie une fois encore la municipalité de Saint-Brieuc et l’Association Républicaine Poulain-Corbion de m’avoir invitée à cette conférence qui aura peut-être donné à quelques-uns l’envie de mieux connaître Armand Dayot. Enfin, j’espère avoir bientôt l’occasion d’admirer, à Saint-Brieuc, la statue de Poulain-Corbion que vous appelez de vos vœux.



12/04/2011

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