Association Républicaine Poulain-Corbion

Association Républicaine Poulain-Corbion

Armand Dayot. Le Républicain

 

 

 

             ARMAND DAYOT.  LE REPUBLICAIN

 

 

            Le Paimpolais Armand DAYOT (1851-1934) fut un inspecteur des Beaux-Arts particulièrement actif. Cependant, il ne fut pas qu’un fonctionnaire : il se fit connaître comme organisateur de prestigieuses expositions, comme directeur d’une revue d’art et comme fondateur d’associations républicaines. C’est son engagement sous la bannière républicaine que nous rappelons brièvement ici.

 

            Dès son installation à Paris en 1879, il s’engage résolument dans la défense de la République qu’il voudrait plus sociale, plus éprise de justice et de liberté. En 1880, il se rend en Suisse et rencontre les condamnés à l’exil Elysée Reclus et Henry Rochefort dont il demande instamment le retour au pays. Il devient l’ami de Antonin Proust, de Edmond Turquet et fréquente le salon des Ménard-Dorian qui est un lieu de rencontres des républicains.

 

A l’initiative du monument Poulain-Corbion à Saint-Brieuc

 

            En 1889, la commémoration du centenaire de la Révolution lui fournit un alibi pour mener une campagne républicaine dans sa région natale. Il réussit en quelques mois à mobiliser des républicains élus ou militants, une municipalité, un sculpteur, un fondeur, les services des Beaux-Arts… pour ériger une statue en hommage à Poulain-Corbion victime des contre-révolutionnaires une nuit d’octobre 1799. La manifestation, reportée plusieurs fois et contrariée par une pluie incessante, eut lieu le 25 août 1889 mais la mobilisation politique souhaitée par Armand Dayot ne se produisit pas. Louis Armez retrouva son poste de député mais les républicains restaient largement minoritaires dans ce département devenu depuis la commémoration du bicentenaire de la Révolution, les « Côtes-d’Armor ».

 

Pour organiser les secours aux familles des pêcheurs d’Islande

 

            En 1892 et 1893, ce sont les drames survenus sur les côtes d’Islande qui l’amènent à lancer une campagne en faveur d’une protection sociale des marins pêcheurs dits « Islandais » victimes des terribles tempêtes dans ces mers glacées. Ces hommes, venus des villages bordant la baie de Saint-Brieuc, font une pêche parfois lucrative mais trop souvent fatale et quand ces pêcheurs périssent en mer c’est la misère qui s’abat sur la famille. Armand Dayot voudrait, pour cette catégorie de travailleurs, une véritable organisation de protection, non comme celle qui existe sous la forme des caisses locales de secours qui vivotent de l’estimable mais hypothétique charité et qui distribuent un palliatif, mais comme celle des grandes organisations ouvrières qui s’appuient sur la solidarité. Il échouera, faute d’avoir réussi à convaincre les intéressés, les armateurs – qui refusèrent leur contribution – et les députés qui repoussèrent ce projet prématuré.

 

Des Bretons de Paris aux Bleus de Bretagne

 

            En 1896, il fonde l’association amicale des Bretons de Paris qui vient prendre place dans le flot des associations qui se sont formées à la suite de « l’esprit nouveau » lancé par le parlementaire Spuller en 1894. Toutefois, son association se distingue de celles qui prétendent distribuer un secours ou entretenir la nostalgie. Son association est républicaine et vise à répandre les valeurs de justice, d’égalité et de fraternité… Mais les réalisation tardent à venir et la congratulation nombriliste entretenue par de fréquents banquets finit par lasser. Dayot quitta la présidence et un nouveau bureau décida d’organiser une manifestation en Bretagne. Cette fête eut lieu à Ploujean en août 1898 ; elle déboucha sur la fondation de l’Union Régionaliste Bretonne, l’esprit antirépublicain – mené par des membres du clergé, des nobles et les régionalistes – ayant détourné cette manifestation artistique à son profit.

            En réaction à cet échec, Armand Dayot lance à Paris, en 1899, un autre groupement ouvertement républicain : les Bleus de Bretagne. Cette association, qui essaimera en Bretagne (ainsi qu’en Normandie, en Anjou et sur la Côte d’Azur) va être dynamisée par le dreyfusisme et par la politique anticléricale du Président du Conseil Emile Combes. Les Bleus de Bretagne seront des anticléricaux notoires et ils n’auront de cesse de répandre les idées républicaines dans l’ancienne province. Ils organiseront les grandes manifestations de Hoche à Quiberon en 1902 et de Renan à Tréguier en 1903. Cependant, la loi de décembre 1905 – la loi de séparation des Eglises et de l’Etat - qui donne son autonomie à l’Eglise, décevra les militants les plus engagés et Dayot quittera la présidence en 1907 tandis que l’association continuera à se lézarder : la loi des trois ans, le monopole de l’Ecole, la représentation proportionnelle, l’ouverture ou la fermeture au mouvement socialiste… achèveront de plonger les Bleus dans le désarroi.

 

 

            Après le premier conflit mondial, l’inspecteur des Beaux-Arts reprendra son bâton de pèlerin et tentera, mais en vain, de relancer l’association des Bleus de Bretagne. Son enthousiasme déclinait. L’action politique, qui avait occupé une grande place dans sa vie, l’intéressait de moins en moins. Resté fidèle à son engagement sous l’étiquette radicale socialiste, il voyait au fil des ans son idéal se dissiper et ses amis disparaître un à un. En outre, confronté à des difficultés financières, il fut accaparé par la survie de sa revue L’Art et les Artistes.

            Il meurt à l’âge de 82 ans, à Bandol, loin de la Bretagne qu’il avait toujours aimée.

 

                                                                          Loïc THOMAS*

                                                                           Janvier 2011

*On lira avec profit : Loïc Thomas  Le bronze de Renan à Tréguier 1903. Editions Anagrammes 2007



28/01/2011

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