Association Républicaine Poulain-Corbion

Association Républicaine Poulain-Corbion

Vive la République ! 2ème partie.

Ma statue en défense de la République

Nous voici en 1880, dans sa séance du 4 juillet, sous la présidence du Maire  Viet-Dubourg, une résolution est adoptée par le Conseil Municipal réuni en session extraordinaire.

            "M. le Maire fait connaître au Conseil que M. le Préfet a autorisé cette session extraordinaire et la convocation à bref délai pour que l'Assemblé municipale soit appelée à délibérer sur la question du monument qui doit rappeler la mort courageuse de M. Poulain Corbion, Procureur syndic de la commune, tué par les Chouans, dans la nuit du 4 au 5 brumaire an 8.

            Il dit qu'il lui serait impossible de faire un exposé plus complet que celui qu'en 1868, M. Hérault, son prédécesseur, avait préparé pour éterniser le souvenir de notre grand citoyen.

            Il donne lecture de cet exposé ainsi conçu :

            La mort héroïque de Poulain Corbion, victime de l'accomplissement de son devoir, lors de l'invasion de la Ville par les Chouans, est profondément gravée dans la mémoire de ceux qui ont quelque notion de notre histoire locale.

            Les nombreux officiers municipaux qui ont administré la Ville depuis cette douloureuse époque, n'étaient point étrangers au pays ; mais les nombreux changements qui, depuis, se sont opérés dans le gouvernement de la France, les préoccupatons auxquelles ils ont donné lieu sont les seules causes du retard à l'accomplissement de notre plus cher désir. D'ailleurs, n'est-il pas sage de laisser le temps et l'histoire livrer sans conteste un pareil exemple à la génération actuelle?

Pour célébrer les immortels principes de la Révolution de 1789

           

            Un momument, quelque simple qu'il puisse être, n'en consacrera-t-il pas mieux le souvenir, surtout s'il est élevé le jour même où le peuple français, convié par le Gouvernement de la République, doit célébrer par une fête les immortels principes auxquels notre grand compatriote était profondément attaché?

Vous reconnaîtrez comme moi, mes chers Collègues, que l'occasion est aussi opportune que possible, et vous m'autoriserez à faire placer, en l'endroit même où Poulain-Corbion est tombé, une plaque en marbre noir portant en lettres d'or, l'inscription suivante :

Une plaque en marbre

                            Dans la nuit du 4 au 5 brumaire an VIII

                                                26 au 27 octobre 1799

                                            Ici mourut glorieusement

                                    Le citoyen Poulain Corbion, Jean François Pierre

                                    Procureur syndic de la Commune

                                    Sommé, les baïonnettes sur le coeur

                                         de crier : Vive le roi!

                                    Il répondit : Vive la République!

                                    Et tomba aussitôt percé de coups.

            Le Conseil, à l'unanimité, approuve la proposition du Maire et prie l'Administration de se pourvoir près de l'autorité supérieure pour obtenir l'autorisation nécessaire, et nomme une Commission pour s'occuper des préparatifs de la fête du 14 juillet.

            Sont nommés : Prod'homme ; Pradal ; Chapin.

Mes chers concitoyens, l'émotion qui m'étreint encore à la lecture de ce procès-verbal, me laisse sans voix.

J'eus donc ma plaque. Blanche, par je ne sais quel artifice dont les administrations ont le secret. Elle fut apposée sur la cathédrale, au-dessus de l'actuelle mise en remplacement, près d'un siècle plus tard, celle-ci en granit poli noir.

Cete plaque blanche était placée trop haut, à mon goût. Elle est bien visible sur les plus anciennes cartes postales. Et je vous convie, quand vous en aurez le loisir, à relever très facilement l'emplacement des pitons fichés dans la pierre, comme autant de cicatrices que le temps n'a pas estompées...

Incarnation de la République

Sur ces entrefaites, nous sommes maintenant en 1889, voilà qu'on s'avise de me dresser une statue. Ce n'était pas assurément pour me déplaire, comme je l'ai déjà souligné à propos de la résolution du Conseil général de 1800.

Comme on l'a vu, le projet faisait son chemin, jalonné notamment par les écrits prémonitoires de Charles Le Maoût en 1846. Au risque de me répéter et d'abuser de votre écoute, voyez dans cette insistance la marque d'une paternelle reconnaissance. Après tout, l'occasion ne m'était pas encore venue de le faire.

Il est juste de souligner que c'est dès 1868, comme on l'a vu, donc sous le Second Empire et signe prémonitoire de sa fin,  que nos édiles, en l'occurrence Hérault, manifestent le désir de m'honorer d'une statue.

En fait, je ne suis pas tout à fait dupe, mes concitoyens m'appelaient à reprendre du service, en soutien d'une république , la troisième du nom, pour la raison que, née en 1875, dans des conditions tumultueuses, elle avait encore des assises fragiles.

Je ne ferai qu'évoquer, n'y ayant eu aucune part, cette période qui succéda à l'écrasement de la Commune,(notre compatriote Rossel y fut fusillé par les Versaillais) qui vit s'installer pendant un temps l'ordre moral, épurant administration et magistrature avec l'appui de l'Eglise, et signe des temps ériger une basilique sur la colline de Montmartre à Paris destinée à expier les crimes des Communards ou du moins enrayer les progrès du Radicalisme.

Crises successives : le général Boulanger est un moment pressenti pour un coup d'Etat militaire ; le scandale de Panama est latent...

Entre temps les lois scolaires des années 80 aiguisent le ressentiment des revanchards qui voudraient en découdre  avec la Gueuse.

Me voilà donc sollicité pour être réincarné -- le terme de réincarné ne vous semble-t-il pas forcé?-- ou du moins investi d'un rôle qu'on admettra comme  différent du personnage que j'étais lorsque je trouvai la mort dans les conditions que vous savez.

A la réflexion cependant ma statue  devait assurément, face aux dangers qui n'étaient pas sans air de famille avec la menace des Chouans de l'an VIII, illustrer les vertus que j'incarnais alors pour leur faire front.

 Comme des fées au-dessus d'un berceau

Un comité de patronage se constitua dont il serait ici trop fastidieux d'énumérer tous les membres. On y trouvait, entre autres, Ernest Renan, que je ne présente pas, Leconte de Lisle le poète académicien, Louis Armez, ancien député, Armand Dayot, Inspecteur des beaux-Arts, Waldeck-Rousseau, député d'Ille-et-Vilaine, Paul Sébillot chef de cabinet de Yves Guyot Ministre des travaux publics qui en faisait partie aussi.

Ce comité était présidé par Charles Pradal, Maire de Saint-Brieuc, Charles Baratoux en était le trésorier chargé de la souscription lancée pour couvrir les frais.

Pierre Ogé, statuaire

Pour ma part je sais gré à Pierre Ogé, d'avoir  matérialisé si l'on peut dire, dans son chef-d'oeuvre, les valeurs que ses mandants sollicitèrent. N'avait-il pas de qui tenir notre compatriote?

 Il tenait  de son père natif de Plérin, qui travailla avec le grand David d'Angers au fronton du Panthéon à Paris, ce qui l'inspira pour celui du Palais de Justice des Promenades et a laissé, notamment dans la Cathédrale de nombreux tombeaux de dignitaires ecclésiastiques locaux. Carpeaux enfin lui avait donné un style dont le Pilleur de mer est, question de goût, la meilleure illustration.

Enfin, last but not least, Pierre Ogé ne sollicita pas d'honoraires pour sa création.

 Il nous est ainsi loisible de souligner la remarquable convergence de talents et de générosité qui entourèrent, selon le mot de Charles Pradal, ma seconde naissance.

Poulain-Corbion ou Poulain de Corbion : querelle de famille?

Il se trouve que le projet d'érection  de ma statue a donné lieu à ce qu'on pourrait appeler une querelle de famille à propos de mon nom.

Ce n'était  pas croyez-moi, mon intention d'arbitrer le différend ainsi surgi .Excipant  telle décision  de justice, un de mes descendants, arrière-petit fils, avocat de son état -- il tenait de son bisaïeul, vous me voyez réjoui, professionnellement parlant -- ayant donc remis la particule, voulut par lettre expresse que la municipalité obtempére.

Par ailleurs, la même municipalité reçut d'un autre maillon de ma lignée qui,-- jugez du tableau! --  lui , avait conservé le trait-d'union, avocat ausi -- décidément!-- les encouragements contraires.

Je suis donc requis, comme vous le constatez, de trancher ce dilemme , bien malgré moi, et tiraillé dans une  affection dont je ne saurais, pour les raisons ici évoquées soustraire aucun de mes descendants, aussi éloignés dans le temps qu'ils puissent être. Je sais cette disposition partagée et comprise par les plus anciens d'entre vous, et je n'insiste pas.

M'en référant donc, ce fut ma constante, aux idéaux que j'ai défendus, et dont  à charge d'inventaire je suis comptable, vous connaissez mon choix.

J'ai laïcisé l'état-civil -- greffier! Encore un rectou vous dis-je! Veuillez rajouter à mon CV!--et soustrait aux sacristies ses registres, y compris par conséquent, par anticipation,  la transcription de mon décès.

Et j'ai conservé le nom que l'adhésion populaire --vox populi, vox Dei-- m'avait donné et que  le tailleur de pierre Hue fut dûment sollicité à graver dans le granit..

Après tout, nul n'est comptable, encore une fois affection gardée, des mésententes familiales desquelles il a été, et pour cause, tenu éloigné.

Que ces bisbilles se poursuivent encore y compris sur la pierre tombale qui recouvre ma dépouille au cimetière Saint-Michel où la construction de l'Eglise du même nom justifia qu'on les transfère, si tant est que ce fut fait, peu me chaut, comme on dit.

Et selon l'adage, Dieu reconnaîtra les siens.

Je n'en suis d'ailleurs pas, vous vous en doutez, puisqu'en  la matière j'ai sans doute eu droit, plutôt trois fois qu'une, à l'excommunication majeure.

Une première fois, ma vie durant : n'y revenons pas. D'autant que assumant, en ce domaine, la paternité de mes actes, je n'ai jamais fait appel de la sentence.

Une seconde fois, en revanche, je vous laisse juges de ma protestation. C'est ma réincarnation en bronze qui fut l'objet des foudres que j'estime scélérates.

 En effet, le 24 août 1889, la veille même de mon inauguration, l'Evêché fait savoir à Charles Pradal, par courrier, et pour renforcer l'effet, le curé-archiprêtre de la cathédrale également, qu'ils bouderaient la cérémonie du lendemain.

Là, mes amis, j'ai la partie belle. Je plaide-- pour un avocat ce n'est pas singularité! -- non coupable.D'une part le droit établit nettement qu'on ne peut être deux fois puni pour le même chef d'accusation! Oui ou non n'avais-je pas déjà payé?  -- sinon comment comprendre qu'ils m'aient condamné?

Et au nom de quoi m'imputerait-on une quelconque responsabilité directe (indirecte assurément, mais là n'est point l'affaire) dans le fait que la République dont les Pradal et autres Baratoux étaient les principales figures briochines, venait de voter les lois laïques  et que le souverain pontife n'eût pas encore prêché le ralliement à la République?

D'autant que — j'anticipe — la troisième excommunication, que vous découvrirez dans quelques temps, m'a été vertement signifiée, je ne suis pas dupe, par le journal du chanoine Delangle dans sa pressante  appobation de mon enlèvement sur consignes complices d'Hitler et de Pétain.

Je laisse à d'autres le soin de démêler ces noeuds, en soulignant, que, de toute façon, je ne suis pas candidat à la repentance.

 25 août 1889, l'inauguration

Divers contre-temps firent reculer l'inauguration initialement envisagée le 14 juillet, au di-

manche 25 août.

Le Propagateur des Côtes-du-Nord relate ainsi la cérémonie.

" ... Rarement nous avons assisté à une plus imposante manifestation.

Dès deux heures de l'après-midi, plusieurs milliers de personnes venues, tout exprès, pour témoigner de leur patriotisme, stationnent sur la place de la Préfecture fort bien dé-

corée.

Malgé quelques fortes averses, la foule devient de plus en plus compacte, et se répand jusque dans les rues avoisinantes.

Mais on entend, soudain, le canon qui tonne.  C'est le signal du départ.  La musique municipale nous redit: "Gloire immortelle à nos aïeux!"; un frisson d'espérance parcourt l'assemblée ; les tambours battent aux champs ; les sapeurs-pompiers en grande tenue, défilent devant la statue autour de laquelle ils forment le cercle avec nos vaillants jeunes gens de "La Bretonne".

Toutes les notabilités

Le chroniqueur donne ensuite les noms des personnalités qui composent le cortège officiel, et dont vous connaissez déjà les principaux noms.  "...en un mot toutes les notabilités du département et des départements voisins".

Puis il Poursuit :

« Bientôt le voile qui couvre la statue est enlevé, et l'héroïque Poulain-Corbion apparaît superbe dans sa résistance, tenant dans sa main droite les clefs de la poudrière que les Chouans lui ordonnent de remettre, et, de la main gauche, leur signifiant qu'il ne cédera ni aux menaces, ni même aux baïonnettes ».

Je me réjouis que le journaliste de l'époque rapporte ainsi en termes simples, toute la symbolique que le génie de l'artiste avait réussi à insuffler au bronze de ma statue.

Un immense cri de Vive la République

Et vous dirais-je ma satisfaction, que cette symbolique ait été d'emblée perçue par la foule de ces anonymes, qui au travers des vivats à ma personne, par statue interposée comme on dit, applaudissait la République qu'elle incarnait.

En effet :

"U n immense cri de Vive la République 1 sort de toutes les poitrines...

C'est bien elle que le peuple applaudissait, "tandis que l'excellente musique du 7lème fait



24/03/2010

A découvrir aussi


Ces blogs de Politique & Société pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 12 autres membres